07 janvier 2010

Le Désir de peindre





Malheureux peut-être l'homme, mais heureux l'artiste que le désir déchire!

Je brûle de peindre celle qui m'est apparue si rarement et qui a fui si vite, comme une belle chose regrettable derrière le voyageur emporté dans la nuit. Comme il y a longtemps déjà qu'elle a disparu!

Elle est belle, et plus que belle; elle est surprenante. En elle le noir abonde: et tout ce qu'elle inspire est nocturne et profond. Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère, et son regard illumine comme l'éclair: c'est une explosion dans les ténèbres.

Je la comparerais à un soleil noir, si l'on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur. Mais elle fait plus volontiers penser à la lune, qui sans doute l'a marquée de sa redoutable influence; non pas la lune blanche des idylles, qui ressemble à une froide mariée, mais la lune sinistre et enivrante, suspendue au fond d'une nuit orageuse et bousculée par les nuées qui courent; non pas la lune paisible et discrète visitant le sommeil des hommes purs, mais la lune arrachée du ciel, vaincue et révoltée, que les Sorcières thessaliennes contraignent durement à danser sur l'herbe terrifiée!

Dans son petit front habitent la volonté tenace et l'amour de la proie. Cependant, au bas de ce visage inquiétant, où des narines mobiles aspirent l'inconnu et l'impossible, éclate, avec une grâce inexprimable, le rire d'une grande bouche, rouge et blanche, et délicieuse, qui fait rêver au miracle d'une superbe fleur éclose dans un terrain volcanique.

Il y a des femmes qui inspirent l'envie de les vaincre et de jouir d'elles; mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard.


Charles Baudelaire.





Ears: "Dos", Chevelle
Brain: I offer myself to you.

06 janvier 2010

Invitation au voyage





Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Charles Baudelaire.




Ears: "Vast And Vague", 36 Crazyfists
Brain: In the poetic mood.

04 janvier 2010

The Frog And The Lamb (#1)



"Un jour, une jolie petite grenouille fit la rencontre d’une agneau. Il était tout moutonneux, tout ouate-ouate. Et d’un blanc… blanc neige. C’était beau ! Enfin soit, ils se rencontrèrent près d’un étang… L’agneau avait perdu son troupeau et la grenouille… eh bien, elle faisait ce qu’elle avait à faire dans un étang : manger, boire, dormir, nager et étudier son territoire… Lorsqu’elle vit l’agneau, elle fut d’abord surprise, déconfite un peu et elle décida de sortir son armure. Elle avait peur, tu comprends bien, elle n’avait jamais vu un drôle animal dans les parages…"

"Alors la ronouille-forteresse, fière et sûre d’elle, s’est approchée du mout-mout et lui a demandé, très singulièrement d’ailleurs, avec sa voix chantante de grenouille : « D’abord, qui es-tu ? Ensuite, que fais-tu là ? » Dans son esprit cartésien de batracien, elle n’avait pas pensé à saluer l’agneau en premier lieu…"

"L’agneau lui dit qu’il était un angeau et qu’il s’était perdu. La grenouille répondit : « Un nagneau ? C’est quoi un nagneau ? » Alors le nagneau en question sourit et répondit : « Non, pas un nagneau mais un agneau. C’est un petit mouton… » « Ahah… Je vois pas trop ce que c’est. Moi, ce genre de poisson, je les connais très dynamiques, pas mous du tout. D’ailleurs, ils z’arrêtent pas de remuer la surface de l’étang quand je dors ! »"

"Le mouton, un peu perplexe, lui demande : « Mais et toi, qu’es-tu donc pour un animal ? Tu es… verte… Un vert bizarre en plus. Et puis, tu as… » « Dis, ça va aller, l’agneau ?! Je te signale que je suis une grenouille et que tu es quand même perdu sur MON territoire, alors si j’étais toi, je la ramènerais pas. Avec ta touffe-touffe en plus. Ahah ! » Elle avait pris la mouche, la grenouille, non pas qu’elle avait faim, bien sûr. C’est un comble, tu ne trouves pas?"

Written by Manon.



Ears: "Boadicea", Enya
Brain: Tell me good-night stories again and watch my sleep, because I'm afraid of losing you at nights...