14 décembre 2010

Flocon

   *        
                      *                        *
flocon               
     *    tu meurs           t*ujours
                                               tr*p
                                                
                              *
        

                     t*T

11 novembre 2010

Habits = Comfort

Soundtrack: "Mecha Love", Hadouken!

Toute notre vie on se réfugie dans des habitudes. Tous les jours la même chose, tous les jours le même cirque. Il faut que tout soit prévu à l'avance, écrit sur papier, organisé, pas de faux pas autorisé. Marchez tout droit. Toujours tout droit. Et si par malheur t'as une jambe plus courte, tu tournes en rond. Marche droit. Marche droit. Tout droit. On se réfugie dans des habitudes qui nous font nous sentir importants. Aimés, parfois, même. Sans ça, on (sur)vit, on passe et personne ne nous voit. Personne ne se rappellera de toi. Tu ne comptes pas. Tu es là mais on ne te voit pas. On se croit unique alors qu'au fond on n'est jamais qu'une infime partie d'une masse nombriliste repoussante qui nous formate. Tous dans le même moule et rien n'y fait. Tu peux toujours essayer, d'en sortir, au final tu te rendras compte que tu es comme tous les autres et que rien n'a changé. Alors, lâche, tu te soumettras. Parce que c'est moins fatiguant que de lutter.

Remember in days gone past
I spied you through a wall of glass
And there you were, kicking my heart back and forth.
But now you're not so though.


Haemoglobin.



08 octobre 2010

Old World - New World

Soundtrack: "Feeling Good", Muse

As some of those I care the most about turn their backs on me, for some unknown reasons, I'm beginning to realize who really matters here. So who cares what I can possibly be doing if in the end I'll be feeling good? I'll be working hard, I'll be having a good time, I'll be seeing people I like, I'll just be happy and that's it, end of the story.

"And this old world is a new world and a bold world for me."

Haemoglobin.



28 septembre 2010

Less Than Zero

Soundtrack: "Narc", Interpol



"Trent est passé chez moi, il a laissé un mot. Mes soeurs me disent qu'il portait un costume hyper-luxueux et conduisait une Mercedes inconnue. "C'est la bagnole d'un ami à moi", leur a déclaré Trent. Il leur a demandé de me dire que Scott avait fait une OD. Je ne sais pas qui est Scott. Il pleut toujours. Et ce soir-là, après avoir reçu trois coups de fil silencieux, je casse un verre en le lançant contre le mur. Personne ne vient me demander ce qui se passe. Je m'allonge ensuite sur mon lit, prend vingt milligrammes de Valium pour accélérer la descente de Coke, mais ça ne m'aide pas vraiment à dormir. J'éteins MTV, mets la radio, mais ne réussis pas à trouver KNAC, si bien que j'éteins la radio, regarde la Vallée, les néons et les tubes fluo sous le ciel pourpre nocturne et je reste là, nu, devant la fenêtre, à regarder les nuages défiler, puis je m'allonge sur mon lit et j'essaie de me rappeler depuis combien de temps je suis de retour à la maison et puis je me lève, arpente ma chambre, allume une autre cigarette en attendant la sonnerie du téléphone. Voilà à quoi ressemblent les nuits quand il pleut."

"Elle s'assoit sur le matelas dès que je me lève. "Parce que...je sais pas", elle soupire. Je la regarde, je ne sens rien, je sors avec ma veste."

Bret Easton Ellis, Moins que zéro. Robert Laffont, coll. "Pavillons", Paris, 2010



25 septembre 2010

Who's There?

Soundtrack: "The Fatalist", Dark Tranquillity


Assis sur cette banquette ridicule (rien que le mot est déjà ridicule), dans cet endroit au nom encore plus ridicule, dans une situation ridicule, je me fais l'effet d'être un ridicule personnage d'un de ces romans que je semble tant apprécier. Un de ces héros sans sentiments, vide, bête et méchant. Un homme comme ce Clay dont je suis la vie chaque soir qui appuie sur la pédale d'accélérateur de sa Buick quand il aperçoit une femme avec ses trois enfants qui demande de l'aide au bord de la route. Je suis là, et j'assiste à la douleur sans broncher. Pire encore, je l'évite autant que je peux. Presqu'au point de m'en marrer. Presque. Les seules sensations, pour autant que l'on puisse parler de sensations, qui m'atteignent sont le bruit des glaçons dans mon verre, le pétillement du liquide gazeux autour de ces glaçons, la fraîcheur du verre contre ma main et un cheveu qui me pend devant l'oeil droit. C'est tout. Pour le reste, je suis un observateur indifférent qui se réjouit du malheur des autres. Est-ce que mes expériences finiront par avoir raison de ce que j'étais? Est-ce que je finirai comme les personnages de mes romans?
Finalement, il n'aura suffit que d'une modification de l'espace matériel pour que tout s'inverse. Merci Maman. Et là, alors que je succombais devant la noirceur de ce qui s'offrait désormais à moi, que tout entier je m'y plongeais pour y chercher une infime lueur, que je finissais par trouver ailleurs que là où je l'attendais, là je repensais à ces vers que j'avais lu la veille. Là, je sentais. J'éprouvais, au plus profond. Et ça ne fait pas que du bien, forcément. Et cette pluie qui n'en finit plus de tomber, ce ciel qui s'assombrit d'instant en instant. L'éclaircie est partie, maintenant tout est gris. Dans les plis, on trouve le plus sombre, le plus violent, le plus dur. On n'a pas toujours envie de le voir resurgir comme ça, au détour d'une image, au détour d'une phrase, mais on n'a pas toujours le choix, non plus.

Haemoglobin.



08 septembre 2010

I Get Emotional


Soundtrack: "Warp 1.9 (Feat. Steve Aoki)", The Bloody Beetroots



You know, there's a funny thing about me. Neither "funny-ahah" nor "funny-peculiar", to quote...well, it doesn't matter anymore, does it? Whatever, this is some place I am the only one to control, where I am the only one to decide pretty much everything, so let's agree (even if you, "you" anonymous reader, actually don't agree) on the fact that it does not matter. Not anymore. This thing, this thing that I personally find "funny-in-a-behaviourally-kind-of-way", is that I have a strong tendency to speak English when drunk. Weird fact. And there's more, even if what I'm going to tell you know is not so surprising, I don't only speak English but I even speak better. I never had a more fluent English conversation than that time (a long time ago) with that American girl at a friend's house whom I've never ever met again. Of course so, I was drunk. To tell you the truth and exemplify my drunkness at the time, I lost her e-mail address which was written on my forearm. I can be such an idiot. Fuck. You know something? I'm tired. I'm fucking tired. Tired of being this disgusting all sweet, nice, tidy, gentle, tender and I-don't-know-what-else boy to the eyes of the judging world we live in. I want to be bad, I want to be dirty, talk dirty, act dirty,  I want to be scandalous, even. Because that seems to work for so many of you out there. I want to be an asshole, since it looks like out there every and each girl is falling for those who treat them like shit. I want to be scandalous, drink until I collapse, try drugs, one-night-shots, I want to try it all. If that comes with destroying myself, so be it, what do I have to loose when I already lost everything I ever really cared about? It reminds me of some nights out. Good times, I can say that without shame. How could a time be bad when don't give a shit about anything, not even yourself? If that's what I have to go through to actually feel something again, well...Bring it on, Babe.


Haemoglobin.



03 septembre 2010

You Promised To

Soundtrack: "Lost", Hadouken!


You left me waiting,
You promised...
You promised to.

Lets all die,
Lets die my way.

Lets all die,

Let them lie.

01 septembre 2010

End Of Year Statement


Soudntrack: "Birthday Call", Girls In Hawaii




23h08. Le premier septembre 2009. Une inconnue posait les derniers mots sur une longue histoire. Une histoire pas toujours drôle, plus souvent malheureuse qu'heureuse, rétrospectivement. J'accumulais les échecs, je me sentais perdu et inutile parce qu'incapable de rendre heureux quelqu'un qui comptait plus que tout pour moi tout autant qu'incapable de réussir sans bavures une année d'étude. Je doublais. Je repassais. Échec à tous les niveaux.

Un an plus tard, j'ai réussi cette foutue année. Et surtout, j'ai trouvé la clé qui ouvre la porte qui donne sur l'escalier qui aboutit à l'étage où se trouve la chambre qui contient le panier avec la clé qui ouvre le coffre dans lequel se trouve la recette du bonheur et l'emplacement plus ou moins précis des ingrédients. Autant dire que le parcours est encore long et semé d'embûches, mais au moins, aujourd'hui, je sais qu'il est possible, je sais ce que je veux atteindre. J'ai un idéal, j'ai un rêve. Et ça, personne ne pourra me l'enlever.

En un an, beaucoup de choses ont changé. D'autres pas. Si j'ai plus de confiance en moi, si je me sens bien dans ma peau, si je sais reconnaître et apprécier à sa juste valeur la vie, je me retrouve toujours dans les mêmes situations. À la différence que je sais désormais m'en protéger, que je choisis d'y être, que je sais ce que je veux et ce que je ne veux pas. Ce qu'il me faut pour être heureux et ce qu'il ne me faut pas.

Il est 22h22. Cette heure précise signifiait tellement, autrefois.
J'ai repris la plume. Je continue d'avancer dans la voie que je me suis choisie.

Haemoglobin.



In Between


"J'essaie d'être sincère 
De raconter le moins de conneries possible 
Quand j'écris j'espère que tu lys 
Entre les lignes 

On n'a jamais voulu divertir 
On n'a jamais voolu te mentir 
On prend la vie comme elle vient 
Lucides et motivés 
C'est contradictoire, je sais... 

Et même si l'ambiance est maussade 
J'essaie de rester digne 
Et même si le son est mausuade 
Il faut savoir lire entre les lignes 

J'essaie d'être sincère 
Même quand la vie est une chienne 
Même si je doute plus que je n'espère 
Enfin j'&spère... 

On n'a jamais voulu divertir 
On n'a jamais voulu te memtir 

Et même si le son est maussade 
Il feut savoir lire entre les lignes..."

"Entre les Lignes", L'Esprit du Clan



23 août 2010

Dirt Road

Soundtrack: "Parallels", As I Lay Dying





La poussière. Une route. Il marche dans la poussière depuis maintenant trois années entières, sans jamais s'être arrêté. S'il ne l'a pas fait, c'est pour ne pas risquer d'arriver trop tard. Ses cheveux bruns, sous un soleil de plomb, se sont éclaircis, maintenant il est presque blond. Il a tellement changé. Ironie du sort. Le soleil est au zénith quand le talon de bois usé de sa botte s'enfonce dans les quelques trois centimètres de poussière à trois cent mètres du poteau en face de lui. La poussière vole. Fines particules de ce qui fut peut-être autrefois formes de vie. Ou de la poussière qui était là au tout début, de la poussière qui n'a jamais connu d'autre état que celui de poussière. Elle vole en fins nuages, attendant que la pluie résolve sa volatilité. Sauf qu'ici, il ne pleut jamais. Jamais une goutte. Plus depuis des années. Les nuages aussi se font rares, de plus en plus rares. La pluie sur cette terre aride n'est plus qu'un doux rêve réservé aux vieillards qui s'en rappellent en versant une larme qui disparait avant même d'avoir eu une maigre chance de toucher le sol. Le sol aride. La poussière. L'homme s'arrête. Il s'essuie les paumes des mains sur les fesses de son vieux jeans usé, sors sa dernière cigarette et son briquet. Le bord de son chapeau le protège tout juste de l'éclat brûlant du soleil. Il porte la cigarette à ses lèvres desséchées. Pendant les quelques minutes qui suivent, ses poumons brûlés par la fumée, il fixe intensément le panneau indicateur au sommet du poteau face à lui. Au loin, des nuages de poussière rendent le paysage désertique apocalyptique. On se croirait au bout du monde, comme si au-delà l'horizon il n'y avait plus rien. Que le vide. Un vide immensément noir. Et attirant malgré tout. Mais lui sait qu'il n'est pas au bout du chemin, et qu'il continuera à fouler la poussière pendant encore longtemps. Il n'est pas prêt d'arriver et il le sait pertinemment bien. Sa cigarette finie, il la laisse tomber et l'écrase avec son talon dans un mouvement rotatif qui creuse la poussière autour de son pied. La poussière est si fine. Elle en a l'air presque précieuse. Précieuse et pourtant si infime, si fragile, si faible. Un bourrasque gifle la peau de sa joue tannée par le soleil. Il se protège les yeux, presque fermés, d'une main nonchalante, habitué aux caprices du vent. Puis, toujours fixant le poteau, il soupire. À son sommet, un panneau en forme de flèche orienté vers la gauche. L'inscription y est presque totalement effacée, on ne distingue plus qu'un très vague "M". Ou bien un "N". Pour ce qu'il en sait, il pourrait même s'agir d'un "IT", on ne sait tout simplement plus rien distinguer et l'esprit fatigué de l'homme qui est parvenu jusque là voit ce qu'il veut voir. Ou ne voit rien. Lui, ne sait plus ce qu'il voit. Il sait pourtant que le poteau de bois n'est pas un mirage, il est là, devant lui, dressé, fier, intemporel, sûr de sa nature et de la direction qu'il indique. Le monde pourrait mourir, il indiquerait toujours la même direction. Dans cette direction, un sentier s'éloigne, un sentier de terre foulée par les pieds de quelques rares voyageurs égarés en quête de vérité. L'homme se sent attiré dans cette direction, mais alors que son regard se porte à l'horizon, là où le bout du chemin s'efface, résonnent dans sa tête les pires mots. Mensonge, trahison, tromperie. Là, ni le respect ni les promesses n'ont lieu. Là, l'homme n'a plus d'espoir de trouver ce qu'il cherche. Il est fatigué. Il est tellement fatigué de courir le monde à la recherche de... Il ne sait même plus ce qu'il cherche, à vrai dire. Tout ce dont il est à présent convaincu, et plus il regarde dans cette direction, son regard allant du panneau indicateur au sentier, plus il sent au fond de lui-même de la répulsion, du dégout. Et malgré tout, l'envie de s'y jeter. Son pied se lève, hésite, se repose, et il part vers la gauche. Il ne sait pas où il va, il ne sait pas ce qu'il cherche, mais il sait ce qu'il fuit.





08 août 2010

My Dream Is To Fly

Soundtrack: "Lucid Dream", Arkaea






- Pourquoi tu fermes les yeux?
- Pour rêver.
- Pourquoi tu t'enfermes quand tu fermes les yeux?
- Pour ne pas être réveillé.
- Je préférerais rêver éveillé, moi.
- ...


Le rêve est le refuge de ceux que la vie a déçu ou déçoit encore. C'est aussi le repère des lâches, de tous ceux qui n'ont pas le courage de vivre pour mettre en scène leurs rêves dans la tragédie de leur vie. Là, ils sont seuls, seuls avec leurs rêves. Incassables. Il est une chose que personne ne pourra jamais enlever aux rêveurs, il s'agit à proprement parler de leurs rêves. Alors ils s'y raccrochent comme l'homme à la mer enlace de toutes ses ultimes forces la bouée qui signale la côte à un kilomètre. Et là, l'homme à la mer contre sa bouée comme le rêveur dans son rêve, ils reprennent des forces pour se jeter à l'eau. Beaucoup se sont perdus dans leurs rêves, ils sont allés trop loin, se sont enfoncés trop profondément dans la douce illusion qui s'offrait à eux, tant et si bien qu'ils s'y sont désormais perdus. Là, au loin, ils se débattent, battent l'eau de leurs bras décharnés. Car le rêve tue son homme quand il s'en est emparé, comme une sangsue, il le vide de son sang, de ce qui le constitue, aspire tout, le digère et n'en laisse rien. Certains se débattent, combattent, abattent le monstre que peut se révéler être leur rêve, mais la plupart ne le voit que trop tard, quand les sournoises filandres du rêve ont déjà atteint son coeur, quand il est trop tard. Pourtant le rêve est une chose magique. Le tout est de savoir le maîtriser, savoir le dompter et le guider dans la bonne direction, en évitant les écueils, surtout ne pas se laisser emporter, surtout ne pas se laisser griser et le laisser mener la barque. Un rêve maîtrisé est un beau voyage quand le rêver tient la corde et garde les yeux droit devant lui, vers l'horizon, là où il va. La destination du rêve maîtrisé est la réalité. La destination du rêve maîtrisé, par le plus merveilleux des voyages, est la réalisation de ce rêve. Le rêveur expérimenté ne redescend de son rêve que pour le vivre.


- Dis, on peut décider de rêver le rêve qu'on veut?
- Non, on peut juste choisir de vivre le rêve que l'on veut vivre.
- Une nuit, j'ai rêvé que j'étais une tortue volante...
- ...





02 août 2010

A Vodka Night

Soundtrack: "Kombat", Heaven Shall Burn




You need some air. Titubant, se raccrochant à ce qu'il peut au passage, bien souvent l'épaule ou le bras d'un inconnu dont il renverse en même temps le cocktail à six euros, il tente de sortir du bar bondé le plus vite possible. La bouteille de Vodka Citron au bord des lèvres, de la fumée de L&M dans les orbites explosées de ses yeux défoncés, il tient à peine debout. Sans les corps anonymes qui lui permettent de tenir sur ses pieds en l'oppressant, il s'écroulerait par terre. Ramperait, même, peut-être. Ses membres ne répondent plus et son cerveau est noyé et enfumé. Get the fuck out.

La dernière marche avant l'air frais. Il trébuche et tombe dans les bras du tas de muscles sur pattes de l'entrée qui manque de lui remettre les idées en places à coup de phalanges s'il ne lui restait pas juste assez de conscience pour le forcer à sortir définitivement. On le regarde, visages anonymes, regards vides. On rigole, on le montre du doigt. Lui, dans un état de conscience parallèle, jure en anglais. L'air lui fait du bien, mais le poids sur sa poitrine est toujours là à l'empêcher de respirer à pleins poumons comme il le voudrait. Il veut de l'oxygène. Jusque dans le dédale de ses veines. Alors il titube à contre-courant pour atteindre un endroit calme et à l'abri des regards inquisiteurs de tout ce misérable monde qui se croit supérieur.

Au loin, dans son dos, une voix l'appelle. Ou plutôt, il pense que quelqu'un l'appelle. Il a vaguement entendu son prénom et distingué un "Qu'est-ce que tu fous, bordel?!". Maintenant, il est seul. Il marche, seul. Il baisse la tête et voit ses pieds avancer, le gauche puis le droit, le gauche puis le droit, le gauche puis le droit, plus ou moins droit. Assez gauchement, se dit-il. Et il rit doucement d'un rire d'enfant.

Dans le ciel noir, les lumières jouent à chat. Elles courent partout, s'affolent en laissant derrière elles des routes d'étincelles où les rêves vivent. Ici, bleues pour les rêves de douceurs. Là, rouges pour les rêves de passions enivrantes. Ailleurs encore, blanches pour les rêves inaccessibles. Il regarde le ciel, noir cauchemar, et la valse des lumières le rassure. Make a wish. Sous la voûte céleste, les grattes-ciel assument leur nom en se balançant, en vacillant, en chatouillant la Lune de leurs sommets. Demain, c'est la pleine Lune, mais il ne la verra pas. Tout tourne, c'est la valse des étoiles. Il écarte les bras et tourne à son tour, les yeux rivés sur ce spectacle féérique. Seul, il se permet tout. Il enlève son pull, son t-shirt, et le froid nocturne lui saute dessus, le griffe et le mord comme une amante brûlante de désir. The night spins you round. Lui, se laisse faire, grimaçant parfois, souriant le plus souvent, les yeux fermés. Dans sa poitrine à nu, son coeur bat à tout rompre pour tenir ce corps debout mais aussi d'exaltation.

Jusqu'au pavé un peu trop inégal qui s'empare de sa cheville qu'il immobilise dans son étau de fer, provoquant sa chute. Sa tête heure le sol de pierre, se brise, sa peau brûle à son contact, se déchire. Et son sang de sortir d'autant plus vite que son coeur bat. Un élancement lui traverse le crâne. Il retrouve alors ce que le monde considère comme tangible et se met en route pour rentrer chez lui, le corps toujours titubant, l'esprit toujours embrumé.

C'est pour lui comme une drogue. Une nécessité, un besoin primordial. Quand il passe sur ce pont de nuit, il ne peut s'empêcher de s'arrêter, attiré par le vide. Il fait nuit noire. Seul l'éclairage urbain empêche les ténèbres de s'emparer de son âme. Car dans le noir se tapissent les pires cauchemars. Mais les étoiles veillent sur le rêveur. Il s'approche de la balustrade, respire profondément, et ferme les yeux, se livrant à la nuit. À la limite des zones d'ombres, c'est un combat sans fin que se livrent la Lumière et l'Obscurité, un combat qui ne peut être gagné mais qui se doit pourtant d'être livré. Dans les rares voitures qui passent sous lui, des hommes et des femmes qui rentrent chez eux. Dans les bâtiments qui l'entourent, des hommes et des femmes qui dorment paisiblement. Et puis aussi ceux que l'amour empêche de dormir et qui s'aiment dans le noir, isolés du reste du monde par leurs sentiments, uniques et unis. United as one.

Il sent son sang battre à sa tempe, il le sent couler le long de son oreille droite. Il y porte la main, le sang se répand sur sa paume. Il regarde sa main au centre de laquelle se forme comme une flaque de sang. Il la retourne alors vers le sol et une goute, une seule misérable goutte, s'écrase dans l'herbe à ses pieds et disparait. La Terre se souviendra de son bref passage, se dit-il. C'est là qu'il réalise que cela fait déjà plus d'un mois qu'il vit cette vie d'excès dont il sait très bien qu'elle n'arrange rien mais contre laquelle il ne peut pas non plus lutter. À vrai dire, il n'a jamais véritablement essayé. Pas par faiblesse, non, simplement parce qu'elle lui convient, pour le moment. Pour tenir la distance, il épuise son corps, le pousse dans ses derniers retranchements, le soumet à rude épreuve pour qu'il mobilise toute les forces et qu'une fois seul, le soir dans son lit, une fois qu'il a programmé un réveil qu'il éteint tous les matins pour dormir tard, à l'heure où les pensées sombres profitent de l'apaisement du corps pour s'emparer sournoisement de l'esprit, pour qu'une fois ce moment arrivé, il s'endorme. Ni plus, ni moins. Et l'alcool dissipe ses rêves.

Il n'avait plus de limites, plus de barrières, plus aucune raison pour se comporter d'une manière ou d'une autre, il était livré à lui-même, abandonné par tous. Jeté à la rue, la rue s'est emparée de lui. Personne ne le voyait, personne ne pouvait prédire ce qu'il adviendrait de lui. Lui-même n'en savait rien et ne voulait sans doute rien en savoir.

Là, seul, accroché à la balustrade d'une main rendue glissante par le sang, il pensa à ceux qu'il avait aimé et qui l'avaient aimé.


12 juin 2010

Tonight







La Mort vient d'en Haut.








Ears: "Le temps assassine", L'Esprit du Clan
Brain: Try catchin' me.

05 juin 2010

Let The Knife Do The Talking


Cela faisait déjà deux mois qu'il avait tout organisé. Et bien avant d'avoir seulement commencé à en dresser le plan minutieux, il y pensait déjà depuis plusieurs semaines. Tous les jours de la semaine, en marchant jusqu'à l'arrêt de bus pour se rendre à son travail. Puis pendant les quinze minutes de trajet. Puis pendant les cinq minutes supplémentaires pour atteindre la porte de l'immeuble financier où il était employé. Un employé modèle, il faut le dire si l'on veut être honnête. Jamais un pas de travers, toujours emballé dans son costume trois-pièces avec son attaché-case à la main. Toujours très net. Une fois entré, une fois qu'il avait salué d'un cordial hochement de tête la dame de l'accueil dont il ne saura finalement jamais le nom, une fois qu'il était entré donc, il n'y pensait plus. Jusqu'au trajet du retour. En y songeant, tout s'était joué dans ces trajets entre son foyer et son travail. Qu'un seul de ses collègues eut fait le même trajet que lui, et tout cela ne se serait jamais déroulé comme ce fut le cas. À vrai dire, rien chez lui n'attirait l'attention non plus, il passait inaperçu partout où il allait, à tel point que bien souvent on le bousculait pour ensuite s'excuser en lui disant que, oh pardon, on ne l'avait pas vu.

Mais aujourd'hui, pour la première fois de sa vie depuis cette fois où il avait arraché les ailes et la moitié des pattes d'une mouche déjà à moitié crevée sur l'appui de fenêtre des toilettes puis l'avait regardée tourner et tourner et tourner dans une lente et interminable agonie, il avait le contrôle. Il était le contrôle.

L'homme dormait attaché sur une chaise. Ligoté, cellophané en fait. Et bâillonné, pour ne pas risquer de déranger les voisins dont la cave communiquait avec la sienne par un conduit d'aération d'où il avait un jour dû extirper un vieux rat à moitié pourri grignoté par les vers. Il avait vomi, il s'en souvenait très bien. Sur le mur, sur tout un pan du mur. À trois reprises exactement, trois longues vomissures. Sur le mur, le mur qu'il fixait maintenant. Ou plutôt non, ce qu'il fixait c'était ce qu'il avait accroché sur le mur. Il en était fier, il faut dire. Il n'avait jamais été très doué pour les travaux manuels, l'aménagement de cette petite cave, c'était son petit secret. Comme une boîte à chaussure pleine à craquer de magazines pornos. La comparaison n'était pas si sordide puisqu'il lui était en effet arrivé de se masturber, dans cette cave. Enfoui dans le sol, loin des normes. Mais pas en pensant à ce qu'il s'apprêtait à faire maintenant, non, quand même pas, il n'est pas un psychopathe. Pourquoi, il ne l'expliquait pas, mais le fait est qu'il l'avait fait.

Il pensait à tous ses souvenirs liés à cette cave en fixant le mur garni de crochets de toutes les tailles, soutenant sa collection de couteaux. Il ne savait pas lequel choisir.Et s'il demandait carrément son avis à l'homme? Non, il serait parfaitement susceptible de crier bêtement à l'aide, sans savoir que personne ne lui serait plus jamais d'aucune aide, l'imbécile. Il s'avança, admirant le jeu de lumière sur les lames scintillantes produit par l'ampoule qui oscillait depuis qu'il avait allumé en descendant. Il passa sa main à l'horizontale à quelques centimètres du manche de chaque couteau et saisit un vieux couteau à la garde un peu rouillée mais dont la lame était absolument parfaitement aiguisée. Il les testait, une par une, sur des feuilles de papier dans lesquelles il effectuait de courtes incisions, par simple vérification du tranchant de la lame, et qu'il conservait toutes dans une caisse dans un coin, une caisse comme celles que sa femme utilisait pour trier les papiers. D'ailleurs c'était, il lui semblait, elle qui la lui avait donnée, cette caisse.

Il essayait de se rappeler la date de leur première rencontre quand il incisa la joue de l'inconnu, quand le sang y perla puis coula le long de sa mâchoire carrée, l'unique goutte d'hémoglobine se frayant un chemin dans la barbe d'une semaine de l'homme. L'homme se réveilla à la cinquième entaille.


Ears: "Let The Knife Do The Talking", Hypocrisy
Brain: Emptiness.

04 juin 2010

The Beauty and the Be(a)st

Le passé ressurgit. Trop vite, trop fort.
Et pas toujours là où on l'attend le plus.

Qui je suis?




Ears: "J'ai pas les mots", L'Esprit du Clan
Brain: Get movin'.

27 mars 2010

La donna è mobile



L'hiver a disparu. Le printemps est revenu.
Les coeurs battent toujours, mais ils ne savent plus pourquoi.
Ni pour quoi.


Les fantômes du Passé ressurgissent. Leurs doigts crochus aux ongles aiguisés pour blesser les plus résistants me griffent le dos. Que l'on regarde mes bras, je porte dans ma peau les marques de leurs tentatives pour me forcer à me retourner. Je mentirais en disant que je n'y ai pas cédé une seule fois. Et comment pourrais-je leur résister? Comment pourrais-je leur résister? Comment pourrais-je leur résister? Comment pourrais-je leur résister? Comment pourrais-je leur résister quand le passé brille plus que le futur? Comment pourrais-je leur résister quand plus rien ne me tire en avant par la main?!




"La donna è mobile
qual piuma al vento,
muta d'accento
e di pensiero.
Sempre un amabile
leggiadro viso,
in pianto o in riso,
è menzognero.
La donna è mobil
qual piuma al vento,
muta d'accento
e di pensier,
e di pensier,
e e di pensier.

È sempre misero
chi a lei s'affida,
chi le confida
mal cauto il core!
Pur mai non sentesi
felice appieno
chi su quel seno
non liba amore!
La donna è mobile
qual piuma al vento,
muta d'accento
e di pensier,
e di pensier,
e e di pensier."
"Rigoletto", Giuseppe Verdi, Acte III, "La donna è mobile".




Ears: "Frühling in Paris", Rammstein
Brain: Dimmi perchè. Te ne prego.

07 janvier 2010

Le Désir de peindre





Malheureux peut-être l'homme, mais heureux l'artiste que le désir déchire!

Je brûle de peindre celle qui m'est apparue si rarement et qui a fui si vite, comme une belle chose regrettable derrière le voyageur emporté dans la nuit. Comme il y a longtemps déjà qu'elle a disparu!

Elle est belle, et plus que belle; elle est surprenante. En elle le noir abonde: et tout ce qu'elle inspire est nocturne et profond. Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère, et son regard illumine comme l'éclair: c'est une explosion dans les ténèbres.

Je la comparerais à un soleil noir, si l'on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur. Mais elle fait plus volontiers penser à la lune, qui sans doute l'a marquée de sa redoutable influence; non pas la lune blanche des idylles, qui ressemble à une froide mariée, mais la lune sinistre et enivrante, suspendue au fond d'une nuit orageuse et bousculée par les nuées qui courent; non pas la lune paisible et discrète visitant le sommeil des hommes purs, mais la lune arrachée du ciel, vaincue et révoltée, que les Sorcières thessaliennes contraignent durement à danser sur l'herbe terrifiée!

Dans son petit front habitent la volonté tenace et l'amour de la proie. Cependant, au bas de ce visage inquiétant, où des narines mobiles aspirent l'inconnu et l'impossible, éclate, avec une grâce inexprimable, le rire d'une grande bouche, rouge et blanche, et délicieuse, qui fait rêver au miracle d'une superbe fleur éclose dans un terrain volcanique.

Il y a des femmes qui inspirent l'envie de les vaincre et de jouir d'elles; mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard.


Charles Baudelaire.





Ears: "Dos", Chevelle
Brain: I offer myself to you.

06 janvier 2010

Invitation au voyage





Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Charles Baudelaire.




Ears: "Vast And Vague", 36 Crazyfists
Brain: In the poetic mood.

04 janvier 2010

The Frog And The Lamb (#1)



"Un jour, une jolie petite grenouille fit la rencontre d’une agneau. Il était tout moutonneux, tout ouate-ouate. Et d’un blanc… blanc neige. C’était beau ! Enfin soit, ils se rencontrèrent près d’un étang… L’agneau avait perdu son troupeau et la grenouille… eh bien, elle faisait ce qu’elle avait à faire dans un étang : manger, boire, dormir, nager et étudier son territoire… Lorsqu’elle vit l’agneau, elle fut d’abord surprise, déconfite un peu et elle décida de sortir son armure. Elle avait peur, tu comprends bien, elle n’avait jamais vu un drôle animal dans les parages…"

"Alors la ronouille-forteresse, fière et sûre d’elle, s’est approchée du mout-mout et lui a demandé, très singulièrement d’ailleurs, avec sa voix chantante de grenouille : « D’abord, qui es-tu ? Ensuite, que fais-tu là ? » Dans son esprit cartésien de batracien, elle n’avait pas pensé à saluer l’agneau en premier lieu…"

"L’agneau lui dit qu’il était un angeau et qu’il s’était perdu. La grenouille répondit : « Un nagneau ? C’est quoi un nagneau ? » Alors le nagneau en question sourit et répondit : « Non, pas un nagneau mais un agneau. C’est un petit mouton… » « Ahah… Je vois pas trop ce que c’est. Moi, ce genre de poisson, je les connais très dynamiques, pas mous du tout. D’ailleurs, ils z’arrêtent pas de remuer la surface de l’étang quand je dors ! »"

"Le mouton, un peu perplexe, lui demande : « Mais et toi, qu’es-tu donc pour un animal ? Tu es… verte… Un vert bizarre en plus. Et puis, tu as… » « Dis, ça va aller, l’agneau ?! Je te signale que je suis une grenouille et que tu es quand même perdu sur MON territoire, alors si j’étais toi, je la ramènerais pas. Avec ta touffe-touffe en plus. Ahah ! » Elle avait pris la mouche, la grenouille, non pas qu’elle avait faim, bien sûr. C’est un comble, tu ne trouves pas?"

Written by Manon.



Ears: "Boadicea", Enya
Brain: Tell me good-night stories again and watch my sleep, because I'm afraid of losing you at nights...