Peut-on parler de syndrome de la page blanche quand on écrit sur fond noir?
Pour parler d'un nouveau départ, d'un changement de cap, on utilise l'expression "tourner la page". Quand on tourne la page, c'est pour en commencer une nouvelle. Reprendre le stylo en main et encrer une page vierge, blanche. Quand on tourne la page, on le décide, c'est un choix qui nous est propre. Mais quand on n'a rien choisi? Quand on a tout perdu et qu'on ne peut rien y faire? On parle de quoi alors? Quand si on tourne la page, on se rend compte que c'était la dernière? Quand derrière la page, il y a juste le carton de la couverture, sans même un résumé? On parle de quoi alors?
J'ai essayé de tourner cette maudite page, et je me suis retrouvé nez à nez avec une couverture d'un noir profond. Un noir angoissant. Si on voit dans le blanc un nouveau départ, alors dans le noir de l'écran je ne vois que mon reflet. Si le blanc est synonyme de nouveau départ, alors le noir de mon écran ne reflète que l'échec.
Un face-à-face avec soi-même.
Plusieurs fois j'ai essayé, d'extérioriser pour me libérer. Faire face à l'angoisse. Insoutenable à chaque fois. Le constat est trop difficile à avaler. Face à ces yeux inquisiteurs au fond du gouffre sombre, je tremblais. Je n'avais pas la force de me faire face. Pas la force de me juger. Il ne restait que la fuite. Et si mon esprit ne pouvait pas se fuir, la seule solution était d'épuiser le corps pour ne pas donner les moyens à l'esprit de tenir tête. Tout ce temps, inconsciemment ou consciemment, je ne sais pas trop, j'ai fui. Je ne pouvais pas me laisser un seul moment de répit, simplement par peur d'ouvrir les yeux sur ma vie. Je me levais le plus tard possible, j'arrivais en cours juste à l'heure. En sortant de cours, je trouvais toujours quelque chose à faire, j'échouais trop souvent dans un café. Seul comme accompagné, avec alcool comme sans. Je rentrais tard, épuisé. Et mon corps de s'écrouler de fatigue à l'heure où l'esprit est le plus actif.
Il m'aura fallu deux jours à ne rien faire pour ne plus avoir rien d'autre à faire que rester assis face à cet écran noir pendant deux heures, les doigts sur le clavier. Les yeux dans les yeux. Le constat est amer. L'échec a étendu ses tentacules dans ma vie. Dans ces yeux, tous les reproches, toutes les craintes, tous les espoirs, toutes les désillusions, toutes les peurs, toutes les angoisses. Le poids de toutes ces choses, la peur de l'avenir, les choix à faire et les pensées qui m'habitent me font tourner la tête.
En face-à-face avec moi-même.
Ears: "Losing My Religion", R.E.M.
Brain: Still so lost after all that time...
2 commentaires:
Je ne sais pas si c'est une bonne idée, mais après tout, je n'ai jamais suivi mes envies. Cette fois, je me libère un peu, et même si ça ne se fait pas. Voici plus d'un mois...
Rappelle-toi, un jour tu as demandé pour moi les "Contes Glacés" et je m'étais trompée d'auteur. En voici un bout:
"Le départ
Au sixième, une ménagère agita longuement son chiffon à poussière.
Beaucoup plus loin, sur une voie de garage depuis longtemps désaffectée, un train hors d'usage s'ébranla."
Jacques Sternberg.
(...)
;)
[Good job, boy ; go on. Without "that" (you know "what"). =)]
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