Quatre heures de voyage, deux bus et trois trains pour l'aller. Dix heures, quatre bus et sept trains pour le retour. Les matheux feront les comptes, j'ai plus que doublé ma mise. Je devrais en être satisfait, non? Quand on joue, c'est pour gagner. Et quand on perd, on rejoue, c'est ça? C'est comme ça que ça va, non? Je ne suis peut-être finalement qu'un joueur compulsif. Le goût de tout mettre en jeu, risquer de tout perdre ou de rafler la mise au centuple.
"Manque de chance? Mauvais jugement?
Quoi qu'il en soit, Seth n'était plus."
Une fois de plus, j'ai tout remis en jeu. Et je n'en aurais récolté que du sable fin qui me coule entre les doigts quand je tente de le saisir? Et plus je m'y accroche, plus je serre les poings pour le retenir, plus il coule rapidement, plus il s'échappe agilement. Alors j'ai pensé mouiller le sable, ainsi il coulerait moins vite, voire plus du tout. J'ai recueilli du sable dans le creux de la main. J'ai versé des larmes. J'ai tenté ne serait-ce que d'humidifier ce sable poignée par poignée. Je l'aurais fait grain par grain si ma dextérité et ma vue me l'avaient permis. C'est seulement quand j'ai levé les yeux pour voir dans quelle immensité je me trouvais que j'ai réalisé que je ne pouvais remplacer un désert par une forêt humide rien qu'avec mes larmes. Et dans l'immensité de ce désert, je l'avoue, j'ai un instant baissé les bras. Sur les genoux, prostré sous le soleil accablant, j'ai eu une vision. Un Mirage? Peu importe! Je me suis relevé, je me suis remis à marcher. Et depuis, je marche en direction d'une Oasis peut-être inexistante, mais au moins je marche. Au moins, je fais quelque chose au lieu de m'ensabler. Au moins, j'agis.
Je n'avais plus vu la mer depuis des années. Je ne m'en souvenais même pas. Une autre immensité, tout aussi liquide que l'autre était aride. Seul, je serais resté contemplatif des heures. Emporté par le rythme des vagues, je me laissais engloutir dans cette immensité musculeuse. Chaque vague me paraissait porter plus de force potentielle que la précédente. Debout, les mains en poche, la respiration réglée sur les vagues, les yeux rivés sur l'horizon, je me mélangeais au monde. Dissolu. J'étais dissolu. Chacune des particules qui composent mon corps se perdait dans la brise marine. Mon corps n'était plus, je ne faisais plus qu'un avec la nature. J'étais maritime, j'étais liquide, j'étais fleuve, j'étais flots, j'étais multitude et unique, tout et rien à la fois. Ma vie n'avait plus de sens, elle n'était simplement plus. Mes pensées n'avaient plus de consistance, le mouvement répétitif des vagues occupait seul esprit et résonnait dans mon crâne comme dans une cathédrale. Minuscule et immense à la fois, j'étais en tête à tête avec la force tranquille.
Au-dessus de ma tête passe un oiseau noir. Un unique cri retentit dans l'air. Dans un battement d'ailes d'une régularité déterminée, le regard fixé sur l'horizon, il file comme le vent dans une direction qu'il est le seul à connaître. Oiseau, je t'implore, montre-moi le chemin.
Ears: "Driven Under", Seether.
Brain: We can sort it out. We're meant to be, you've always said so.