21 décembre 2009

I love you (in the snow)




Je voudrais marcher dans la neige avec toi, à l'heure où le monde hiberne. Je voudrais te prendre par la main et t'emmener loin. Je voudrais embrasser tes lèvres gelées pour les réchauffer. Je voudrais que nos respirations se mêlent en disparaissant dans l'air glacé d'une journée d'hiver ensoleillée. Je voudrais boire les flocons qui fondent sur ta peau brûlante. Je voudrais laisser des traces parallèles dans le tapis de neige, à l'heure où blanchit la campagne. Je voudrais prendre ta main et courir avec toi jusqu'à en perdre haleine. Je voudrais que toutes les choses portent ton parfum. Je voudrais que toutes les choses en leur substance profonde aient ton goût. Je voudrais que toutes les choses aient la même douceur que ta peau. Je voudrais courir vers toi et te voir courir vers moi en soulevant de la neige avec tes pieds. Je voudrais te serrer dans mes bras et te faire tourner. Je voudrais qu'on s'envole en tournant, toupie humaine dans une envolée neigeuse. Je voudrais parcourir le monde avec toi main dans la main, jusqu'à l'heure où le monde s'endort. Je voudrais...







Je voudrais faire l'amour avec toi.
Je voudrais m'emmêler dans tes bras.
Je voudrais me saouler à ta joie.
Je voudrais faire l'amour avec toi.






Ears: "L'amour dans la rue", K
Brain: It was love at first sight and it was love at first sigh.

23 novembre 2009

Desert & Sea

















Quatre heures de voyage, deux bus et trois trains pour l'aller. Dix heures, quatre bus et sept trains pour le retour. Les matheux feront les comptes, j'ai plus que doublé ma mise. Je devrais en être satisfait, non? Quand on joue, c'est pour gagner. Et quand on perd, on rejoue, c'est ça? C'est comme ça que ça va, non? Je ne suis peut-être finalement qu'un joueur compulsif. Le goût de tout mettre en jeu, risquer de tout perdre ou de rafler la mise au centuple.

"Manque de chance? Mauvais jugement?
Quoi qu'il en soit, Seth n'était plus."

Une fois de plus, j'ai tout remis en jeu. Et je n'en aurais récolté que du sable fin qui me coule entre les doigts quand je tente de le saisir? Et plus je m'y accroche, plus je serre les poings pour le retenir, plus il coule rapidement, plus il s'échappe agilement. Alors j'ai pensé mouiller le sable, ainsi il coulerait moins vite, voire plus du tout. J'ai recueilli du sable dans le creux de la main. J'ai versé des larmes. J'ai tenté ne serait-ce que d'humidifier ce sable poignée par poignée. Je l'aurais fait grain par grain si ma dextérité et ma vue me l'avaient permis. C'est seulement quand j'ai levé les yeux pour voir dans quelle immensité je me trouvais que j'ai réalisé que je ne pouvais remplacer un désert par une forêt humide rien qu'avec mes larmes. Et dans l'immensité de ce désert, je l'avoue, j'ai un instant baissé les bras. Sur les genoux, prostré sous le soleil accablant, j'ai eu une vision. Un Mirage? Peu importe! Je me suis relevé, je me suis remis à marcher. Et depuis, je marche en direction d'une Oasis peut-être inexistante, mais au moins je marche. Au moins, je fais quelque chose au lieu de m'ensabler. Au moins, j'agis.




Je n'avais plus vu la mer depuis des années. Je ne m'en souvenais même pas. Une autre immensité, tout aussi liquide que l'autre était aride. Seul, je serais resté contemplatif des heures. Emporté par le rythme des vagues, je me laissais engloutir dans cette immensité musculeuse. Chaque vague me paraissait porter plus de force potentielle que la précédente. Debout, les mains en poche, la respiration réglée sur les vagues, les yeux rivés sur l'horizon, je me mélangeais au monde. Dissolu. J'étais dissolu. Chacune des particules qui composent mon corps se perdait dans la brise marine. Mon corps n'était plus, je ne faisais plus qu'un avec la nature. J'étais maritime, j'étais liquide, j'étais fleuve, j'étais flots, j'étais multitude et unique, tout et rien à la fois. Ma vie n'avait plus de sens, elle n'était simplement plus. Mes pensées n'avaient plus de consistance, le mouvement répétitif des vagues occupait seul esprit et résonnait dans mon crâne comme dans une cathédrale. Minuscule et immense à la fois, j'étais en tête à tête avec la force tranquille.

Au-dessus de ma tête passe un oiseau noir. Un unique cri retentit dans l'air. Dans un battement d'ailes d'une régularité déterminée, le regard fixé sur l'horizon, il file comme le vent dans une direction qu'il est le seul à connaître. Oiseau, je t'implore, montre-moi le chemin.




Ears: "Driven Under", Seether.
Brain: We can sort it out. We're meant to be, you've always said so.

22 octobre 2009

Magnetic

Aimants


Amants


Ears: "The Last Drops Of My Life", Pain
Brain: It's gone.

18 octobre 2009

Drawers




"In Der Palästra", Sopor Aeternus


Ears: "Walking With Strangers", The Birthday Massacre
Brain: Don't blow my little cloud away, please...

11 octobre 2009

To Flee, Fled, Fled

"Dans la nuit de ce train, [sa faible voix] me transportait littéralement, comme peut le faire la pensée, le rêve ou la lecture, quand, dissociant le corps de l'esprit, le corps reste statique et l'esprit voyage, se dilate, s'étend, et que, lentement, derrière nos yeux fermés, naissent des images et ressurgissent des souvenirs, des sentiments et des états nerveux, se ravivent des douleurs, des émotions enfouies, des peurs, des joies, des sensations, de froid, de chaud, d'être aimé, de ne pas savoir, dans un afflux régulier de sang dans les tempes, une accélération régulière des battements du coeur, et un ébranlement, comme une lézarde, dans la mer de larmes séchées qui est gelée en nous."
"Fuir", Jean-Philippe Toussaint


Ears: "En Esta Noche", In Extremo
Brain: In the mood for...

10 octobre 2009

Breathe




Soudain, il se lève, se jette en direction de la fenêtre. Et dans sa précipitation, il perd la notion des choses qui l'entourent et renverse tout sur les deux mètres qui le séparent de l'air salvateur. Son tibia heurte violemment la table basse au milieu de la pièce, il tombe à la renverse mais se relève aussitôt, sans même se rendre compte qu'il s'est fêlé l'os. Le besoin d'oxygène, ou en tout cas ce qu'il comprend comme tel, est trop fort et éclipse toute autre sensation. Il ne ressent plus la douleur physique, comme la proie en fuite devant son prédateur qui fuit jusqu'à littéralement tomber morte. Parce que tout tenter vaut mieux que perdre tout pour un instant de faiblesse. Il a besoin d'air, il étouffe. Même s'il a senti cette sensation venir, il ne s'en est pas inquiété, parce que plutôt agréable dans un premier temps. L'étouffement engourdissait ses sens, comme avec un verre d'alcool il se sentait plus léger, plus insouciant. C'est seulement quand il a réalisé qu'il suffoquait, que l'oxygène n'alimentait plus son corps, seulement quand son coeur et ses poumons ont tiré la sonnette d'alarme, qu'il a réalisé qu'il lui fallait agir au plus vite.

Il se lève d'un coup et se jette en direction de la fenêtre, sur la poignée. Aux limites de la conscience, il tente d'abord de l'ouvrir en tournant la poignée vers la droite, chose qu'il n'aurait jamais faite dans son état normal. Maintenant ce ne sont plus seulement ses sens qui sont touchés par le manque d'oxygène, c'est aussi son discernement. Quand il parvient enfin à ouvrir cette maudite fenêtre, dans un mouvement violent pour happer la plus grande quantitié d'oxygène de l'extérieur, il manque de passer par la fenêtre.

L'oxygène, qui paraît tout à fait pure en comparaison à l'étouffement duquel il était la proie l'instant d'avant, le brûle. Cet air glacial et pourtant si vital se précipite dans tous les interstices de son corps, le glace de l'intérieur. Mais cette douleur, il la supporte avec plaisir, car il sait qu'elle est synonyme de salut. Il revit.



Ears: "The Mundane And The Magic", Dark Tranquillity
Brain: Do something, or you'll suffocate.

09 octobre 2009

Symbolism


"The Curve of the Esplanade", Léon Spilliaert




Ears: "Poison", Tarja Turunen
Brain: Before I forget his name again.

08 octobre 2009

Instructions For Use

First, place yourself between those two things:

- Text
- Music

Now, feel.

In My Eyes


Peut-on parler de syndrome de la page blanche quand on écrit sur fond noir?


Pour parler d'un nouveau départ, d'un changement de cap, on utilise l'expression "tourner la page". Quand on tourne la page, c'est pour en commencer une nouvelle. Reprendre le stylo en main et encrer une page vierge, blanche. Quand on tourne la page, on le décide, c'est un choix qui nous est propre. Mais quand on n'a rien choisi? Quand on a tout perdu et qu'on ne peut rien y faire? On parle de quoi alors? Quand si on tourne la page, on se rend compte que c'était la dernière? Quand derrière la page, il y a juste le carton de la couverture, sans même un résumé? On parle de quoi alors?

J'ai essayé de tourner cette maudite page, et je me suis retrouvé nez à nez avec une couverture d'un noir profond. Un noir angoissant. Si on voit dans le blanc un nouveau départ, alors dans le noir de l'écran je ne vois que mon reflet. Si le blanc est synonyme de nouveau départ, alors le noir de mon écran ne reflète que l'échec.

Un face-à-face avec soi-même.

Plusieurs fois j'ai essayé, d'extérioriser pour me libérer. Faire face à l'angoisse. Insoutenable à chaque fois. Le constat est trop difficile à avaler. Face à ces yeux inquisiteurs au fond du gouffre sombre, je tremblais. Je n'avais pas la force de me faire face. Pas la force de me juger. Il ne restait que la fuite. Et si mon esprit ne pouvait pas se fuir, la seule solution était d'épuiser le corps pour ne pas donner les moyens à l'esprit de tenir tête. Tout ce temps, inconsciemment ou consciemment, je ne sais pas trop, j'ai fui. Je ne pouvais pas me laisser un seul moment de répit, simplement par peur d'ouvrir les yeux sur ma vie. Je me levais le plus tard possible, j'arrivais en cours juste à l'heure. En sortant de cours, je trouvais toujours quelque chose à faire, j'échouais trop souvent dans un café. Seul comme accompagné, avec alcool comme sans. Je rentrais tard, épuisé. Et mon corps de s'écrouler de fatigue à l'heure où l'esprit est le plus actif.

Il m'aura fallu deux jours à ne rien faire pour ne plus avoir rien d'autre à faire que rester assis face à cet écran noir pendant deux heures, les doigts sur le clavier. Les yeux dans les yeux. Le constat est amer. L'échec a étendu ses tentacules dans ma vie. Dans ces yeux, tous les reproches, toutes les craintes, tous les espoirs, toutes les désillusions, toutes les peurs, toutes les angoisses. Le poids de toutes ces choses, la peur de l'avenir, les choix à faire et les pensées qui m'habitent me font tourner la tête.

En face-à-face avec moi-même.



Ears: "Losing My Religion", R.E.M.
Brain: Still so lost after all that time...