22 janvier 2011

This One

Soundtrack: "Écailles de Lune [Part. I]", Alcest

Cet amour
Si violent
Si fragile
Si tendre
Si désespéré
Cet amour
Beau comme le jour
Et mauvais comme le temps
Quand le temps est mauvais
Cet amour si vrai
Cet amour si beau
Si heureux
Si joyeux
Et si dérisoire
Tremblant de peur comme un enfant dans le noir
Et si sûr de lui
Comme un homme tranquille au milieu de la nuit
Cet amour qui faisait peur aux autres
Qui les faisait parler
Qui les faisait blêmir
Cet amour guetté
Parce que nous les guettions
Traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Parce que nous l'avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Cet amour tout entier
Si vivant encore
Et tout ensoleillé
C'est le tien
C'est le mien
Celui qui a été
Cette chose toujours nouvelle
Et qui n'a pas changé
Aussi vraie qu'une plante en plastique
Aussi tremblante qu'un oiseau
Aussi chaude aussi vivante que l'été
Nous pouvons tous les deux
Aller et revenir
Nous pouvons oublier
Et puis nous rendormir
Nous réveiller souffrir vieillir
Nous rendormir encore
Rêver à la mort
Nous éveiller sourire et rire
Et rajeunir
Notre amour reste là
Têtu comme une bourrique
Vivant comme le désir
Cruel comme la mémoire
Bête comme les regrets
Tendre comme le souvenir
Froid comme le marbre
Beau comme le jour
Fragile comme un enfant
Il nous regarde en souriant
Et il nous parle sans rien dire
Et moi je l'écoute en tremblant
Et je crie
Je crie pour toi
Je crie pour moi
Je te supplie
Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s'aiment
Et qui se sont aimés
Oui je lui crie
Pour toi pour moi et pour tous les autres
Que je ne connais pas
Reste là
Là où tu es
Là où tu étais autrefois
Reste là
Ne bouge pas
Ne t'en vas pas
Nous qui sommes aimés
Nous t'avons oublié
Toi ne nous oublie pas
Nous n'avions que toi sur la terre
Ne nous laisse pas devenir froids
Beaucoup plus loin toujours
Et n'importe où
Donne-nous signe de vie
Beaucoup plus tard au coin d'un bois
Dans la forêt de la mémoire
Surgis soudain
Tends-nous la main
Et sauve-nous.

Jacques Prévert.



09 janvier 2011

Darling, Oh Darling

Soundtrack: "Des Armes", Noir Désir


It's been quite a while, uh? How've ya been?

Il n'aura finalement pas fallu grand-chose. Les petites choses ont parfois plus d'importance qu'on ne croit. Et celles auxquelles on attache le plus d'importance, pas toujours le crédit qu'on leur accorde. Alors on se retrouve la corde au cou, la main en l'air, à pointer du doigt l'oiseau moqueur. Vocifère, crie, hurle, crache tes poumons. Au Sud, je reviens. Quelques variations rythmiques, quelques ondes, quelques mots et c'est le grand saut. BAM. Tout s'envole, tout s'affole. Étendu, les yeux rivés au plancher derrière ma tête, je sais que je ne peux lutter, alors je me laisse envahir. Submerger. Il pourrait être quatre heures, je pourrais trembler à l'idée de ce qu'il se passerait dans quelques heures, je pourrais ne plus arriver à dormir. Complètement enseveli, noyé sous une vague de chaleur accablante, je relève la tête pour goûter à la vie. Tout le poids sur la jambe gauche, je m'appuie à la rambarde et je te regarde, là, à quelques mètres et nous avons pourtant rarement été aussi proches. Ton sourire. Ton bonheur. Tu vises et tires, à plusieurs reprises. Tu immortalises en plusieurs prises. You're the apogee of my Love. Son pied qui bat la cadence, leurs voix. Et toi. Jamais ne disparaîtront.

Il y a longtemps d'ici, on marchait déjà ensemble, j'avais un guide, je me laissais porter. Le flux, le reflux, le flux, le reflux. J'étais lancé, mis sur la voie, je suivais une voix. Ta voix. Puis elle s'est tenue, et j'ai couru. J'ai couru. Et je me suis perdu. J'emmène au creux de mon ombre des poussières de toi, ramassées au bord de la route, je les sème dans les nuages en attendant un signe, un geste. Un jour, j'ai marché dans un pas. Je t'avais retrouvée. J'avais retrouvé mon chemin.

Et je me suis endormi paisiblement.

Au chaud au fond de l'âme, dans les yeux, dans le coeur, dans les bras d'une femme, qu'on garde au fond de soi comme on garde un mystère.

Haemoglobin.



14 décembre 2010

Flocon

   *        
                      *                        *
flocon               
     *    tu meurs           t*ujours
                                               tr*p
                                                
                              *
        

                     t*T

11 novembre 2010

Habits = Comfort

Soundtrack: "Mecha Love", Hadouken!

Toute notre vie on se réfugie dans des habitudes. Tous les jours la même chose, tous les jours le même cirque. Il faut que tout soit prévu à l'avance, écrit sur papier, organisé, pas de faux pas autorisé. Marchez tout droit. Toujours tout droit. Et si par malheur t'as une jambe plus courte, tu tournes en rond. Marche droit. Marche droit. Tout droit. On se réfugie dans des habitudes qui nous font nous sentir importants. Aimés, parfois, même. Sans ça, on (sur)vit, on passe et personne ne nous voit. Personne ne se rappellera de toi. Tu ne comptes pas. Tu es là mais on ne te voit pas. On se croit unique alors qu'au fond on n'est jamais qu'une infime partie d'une masse nombriliste repoussante qui nous formate. Tous dans le même moule et rien n'y fait. Tu peux toujours essayer, d'en sortir, au final tu te rendras compte que tu es comme tous les autres et que rien n'a changé. Alors, lâche, tu te soumettras. Parce que c'est moins fatiguant que de lutter.

Remember in days gone past
I spied you through a wall of glass
And there you were, kicking my heart back and forth.
But now you're not so though.


Haemoglobin.



08 octobre 2010

Old World - New World

Soundtrack: "Feeling Good", Muse

As some of those I care the most about turn their backs on me, for some unknown reasons, I'm beginning to realize who really matters here. So who cares what I can possibly be doing if in the end I'll be feeling good? I'll be working hard, I'll be having a good time, I'll be seeing people I like, I'll just be happy and that's it, end of the story.

"And this old world is a new world and a bold world for me."

Haemoglobin.



28 septembre 2010

Less Than Zero

Soundtrack: "Narc", Interpol



"Trent est passé chez moi, il a laissé un mot. Mes soeurs me disent qu'il portait un costume hyper-luxueux et conduisait une Mercedes inconnue. "C'est la bagnole d'un ami à moi", leur a déclaré Trent. Il leur a demandé de me dire que Scott avait fait une OD. Je ne sais pas qui est Scott. Il pleut toujours. Et ce soir-là, après avoir reçu trois coups de fil silencieux, je casse un verre en le lançant contre le mur. Personne ne vient me demander ce qui se passe. Je m'allonge ensuite sur mon lit, prend vingt milligrammes de Valium pour accélérer la descente de Coke, mais ça ne m'aide pas vraiment à dormir. J'éteins MTV, mets la radio, mais ne réussis pas à trouver KNAC, si bien que j'éteins la radio, regarde la Vallée, les néons et les tubes fluo sous le ciel pourpre nocturne et je reste là, nu, devant la fenêtre, à regarder les nuages défiler, puis je m'allonge sur mon lit et j'essaie de me rappeler depuis combien de temps je suis de retour à la maison et puis je me lève, arpente ma chambre, allume une autre cigarette en attendant la sonnerie du téléphone. Voilà à quoi ressemblent les nuits quand il pleut."

"Elle s'assoit sur le matelas dès que je me lève. "Parce que...je sais pas", elle soupire. Je la regarde, je ne sens rien, je sors avec ma veste."

Bret Easton Ellis, Moins que zéro. Robert Laffont, coll. "Pavillons", Paris, 2010



25 septembre 2010

Who's There?

Soundtrack: "The Fatalist", Dark Tranquillity


Assis sur cette banquette ridicule (rien que le mot est déjà ridicule), dans cet endroit au nom encore plus ridicule, dans une situation ridicule, je me fais l'effet d'être un ridicule personnage d'un de ces romans que je semble tant apprécier. Un de ces héros sans sentiments, vide, bête et méchant. Un homme comme ce Clay dont je suis la vie chaque soir qui appuie sur la pédale d'accélérateur de sa Buick quand il aperçoit une femme avec ses trois enfants qui demande de l'aide au bord de la route. Je suis là, et j'assiste à la douleur sans broncher. Pire encore, je l'évite autant que je peux. Presqu'au point de m'en marrer. Presque. Les seules sensations, pour autant que l'on puisse parler de sensations, qui m'atteignent sont le bruit des glaçons dans mon verre, le pétillement du liquide gazeux autour de ces glaçons, la fraîcheur du verre contre ma main et un cheveu qui me pend devant l'oeil droit. C'est tout. Pour le reste, je suis un observateur indifférent qui se réjouit du malheur des autres. Est-ce que mes expériences finiront par avoir raison de ce que j'étais? Est-ce que je finirai comme les personnages de mes romans?
Finalement, il n'aura suffit que d'une modification de l'espace matériel pour que tout s'inverse. Merci Maman. Et là, alors que je succombais devant la noirceur de ce qui s'offrait désormais à moi, que tout entier je m'y plongeais pour y chercher une infime lueur, que je finissais par trouver ailleurs que là où je l'attendais, là je repensais à ces vers que j'avais lu la veille. Là, je sentais. J'éprouvais, au plus profond. Et ça ne fait pas que du bien, forcément. Et cette pluie qui n'en finit plus de tomber, ce ciel qui s'assombrit d'instant en instant. L'éclaircie est partie, maintenant tout est gris. Dans les plis, on trouve le plus sombre, le plus violent, le plus dur. On n'a pas toujours envie de le voir resurgir comme ça, au détour d'une image, au détour d'une phrase, mais on n'a pas toujours le choix, non plus.

Haemoglobin.